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REGISTRES DU BUREAU
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duire et achever ce qui est commencé, envoyé querir mon cousin le mareschal de Brissac'1' affin de luy bailler la charge de ceste armée; et cepandant ne se peri une seulle heure de temps à advancer noz forces el faire les preparatifz necessaires à estre les plus fortz, avecq l'ayde dé Dieu, pour avoir la raison de ceulx qui se sont oubliez et les reduyre à l'obeissance qu'ilz doibvent au Roy mond, filz, à quoy je suis cer­taine que vostre bon secours et ayde ne nous de-fauldra, vous pryant continuer à faire de vostre part que toutes choses passent par delà et soient con­tenues en la transquilité, repos et obeissance acous­tumée, et tenir main que pour ce faict il n'advienne
aucun desordre ne confusion, mais que tout soict traicté par le chemin de la justice, avecq laquelle je m'atendz que Nostre Seigneur fera la juste vengeance d'un si enorme et exécrable faict. Priant Dieu, Messieurs, vous donner ce que desirez.
"Du camp près d'Orleans, lexxvejourde Febvrier mil cinq cens soixante deux."
Signé : KATHERINE.
Et au dessoubz : de L'Aubespine.
Et au dessus est escript : A messieurs les Prevost des Marchans et Eschevins de la ville de Paris.
L'original desquelles lettres mys par devers Mes­sieurs.
CCCVIII. — Que chascun habitant de Paris face provision d'ung demy muy de bled,
5 mars i563. (Fol. 172 r°.)
De par les Prevost des Marchans et Eschevins de la ville de paris.
"Sire Jacques Kerver, Quartenier de lad. Ville, nous vous mandons que, suyvant l'ordonnance de monseigneur le mareschal de Montmorency, Gou­verneur et Lieutenant general pour le Royen cested. Ville et Ysle de France, signifiiez et faictes comman­dement à tous les bourgeois et habitans de vostre quartier qui ont moyen d'achepter et faire municion d'un demy muy de bled et d'en achepter chascun ung
demy muy, ou en faire venir de leurs fermes et mes-taryes dedans huittaine, en peyne de cent livres parisis d'amende, aplicables moictyé aux pauvres et moictyé à la fortifficacion, affin que la Ville soict bien munye de bledz, et obvier à la chairté qui en pourroict advenir à faulte de bonne police, et que dud. demy muy ilz facent mectre deux septiers en farine, laquelle ilz garderont. Sy n'y faictes faulte. "Faict au Bureau de lad. Ville, le cinqm0 jour de Mars m lxii. n
CCCIX.— Lettres de la Royne à la ville de Paris.
5 mars i563. (Fol. 172 v°.)
"Messieurs, j'ay receu vostre lettre et ne faiz doubte, comme ja je vous ay escript, que la perte que nous avons faicte de mon cousin monsr de Guise ne vous touche au cueur comme à ceulx qui ayment autant qu'il se peult dire le bien de cc royaume; mais en ce malheur ce m'est grande consolation de voir que vous allez croissant et augmentant l'affec­tion que vous portez au repos et bien de ced. royaulme, en quoy je me treuve grandement soullagée et con­fortée, comme du plus fort apuy et soustien que puisse avoir ceste couronne, aussi vous priray je
croire et estre asseurez que je rendray le Roy mon­sieur mon filz bien cappable de voz bonnes inten­tions et sincerres deportemens es affaires si urgens qui sont présentez au bien de son royaulme ct sous­tien de sa couronne, et le nourriray et esleveray dc tout mon pouvoir à vous aymer et tenir chers, comme ses meilleurs et plus dignes subjeetz'2', et de cela luy respondray, tant que je vivray, pour l'expérience que j'en ay faicte au temps où les bons se font con­gnoistre. Ce pendant je sçay bien le contentement qui m'en demourra, vous advisant que par l'advis de
O Le maréchal de Brissac était attendu le 4 mars à Orléans, comme on le voit par une lettre de Catherine de Médicis à M. de Gonnor, frère du maréchal, l'invitant à envoyer cten toutte dilligence une bonne somme d'argent.- pour payer les troupes qui se trouvaient sen très grande nésesitén. (Lettreà de Catherine de Médicis^. 1, p. 52 1.)
(3) Ces protestations d'amitié de Catherine de Médicis à l'égard des habitanls de Paris n'étaient point purement banales, elles ten­daient à répondre aux calomnies qui avaient été propagées pour discréditer les Parisiens dans l'esprit de la Reine-Mère. Précédem­ment, à la lin d'une lettre adressée le 27 février i563 à M. de Gonnor, Catherine de Médicis, faisant justice de ces accusations mensongères, le prie "d'asseurcr seulx de Paris quc je ne sé qu'i veule dire que l'on leur a fayst à croire que je andeure que l'on me die mal d'eulx; ne désirant rien tant que leur conservation et les regardant comme ses bons et fidèles sujets». (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 518.)